d’après "Un lieu à soi" de Virginia Woolf

Traduction de l’anglais par Marie Darrieussecq,

collection Empreinte, Denoël, 2016.


adaptation Edith Amsellem et Anne Naudon


mise en scène Edith Amsellem

avec Anne Naudon


création sonore et scénographie Francis Ruggirello

Coiffures et maquillages Geoffrey Coppini



Production ERD’O Coproductions Le Merlan scène nationale de Marseille, La Criée théâtre national de Marseille, Le Théâtre de Châtillon, Le Dôme Théâtre (Albertville), La Passerelle scène nationale de Gap, Le Festival Scènes de rue à Mulhouse, Le Carré-Colonnes (Bordeaux)

Virginia à la bibliothèque spectacle pour bibliothèques (création 2020)

Cette année ma fille, en première littéraire, a passé les épreuves anticipées du BAC.

Lorsque j'ai découvert la liste des textes que son enseignante lui faisait préparer pour l'examen oral de français, je suis tombée des nues. Sur 38 textes présentés, seulement 4 étaient signés par des femmes : un trio d'auteures du XVIème siècle, Louise Labé, Pernette du Guiet et Marguerite de Navarre, réunies autour de la thématique Les femmes parlent d'amour (!), puis une contemporaine Simone Swartz Bart. D'après mes calculs ça fait 10 %.

J'ai enquêté auprès de collégiens et lycéens dans d'autres établissements et d'autres filières, puis j'ai contacté quelques professeurs de français que je connais pour les interroger sur le sujet, le constat était le même, en 2018 les femmes sont toujours autant absentes des manuels scolaires et des œuvres sélectionnées aux examens.

J'ai poursuivi mes investigations en allant sonder les prestigieux prix littéraires notamment le Nobel accordé à seulement 14 femmes depuis 1901 ou le Goncourt à 12 femmes depuis 1903.

Face à la réalité des chiffres je me demandais : sans transmission aux jeunes générations ni consécration honorifique, comment les femmes vont-elles pouvoir prendre leur place au patrimoine ? Je tournais autour de ces questions sans savoir par quel bout les prendre.

Puis un matin, je me postais devant ma propre bibliothèque que je classe obsessionnellement par ordre alphabétique et pays d'origine et me mis à dénombrer les auteurs par sexe. Je commençais par l'étagère littérature française : "homme homme homme femme homme homme homme homme..." et même si la seconde moitié du XXème rééquilibrait un temps soit peu le paysage, ma bibliothèque était le reflet de ce qu'on nous enseigne à l'école.

J'arrivais à la partie littérature anglo-saxonne et je continuais "homme homme homme femme". Je m’arrêtais net. «Un lieu à soi» de Virginia Woolf, pris en étau entre un Shakespeare et un Oscar Wilde, se mit à scintiller.

Je le libérais difficilement de la pression horizontale et me replongeais dans ce pamphlet brillant.

Tel une tentative de réponse à ma problématique sur la place des femmes dans l'histoire de la littérature, cet ouvrage devenait ce jour là, la clé de voûte de mon prochain spectacle.